BFM Business : ITW de M. Fribourg

19 février 2024

Boursier.com – Interview de Michaël Fribourg

Source : Boursier.com

Boursier.com : Pourquoi le chiffre d’affaires du pôle technologies est-il en fort repli sur ce premier semestre ?

M.F. : Comme les nombreux analystes qui suivent Chargeurs l’avaient unanimement souligné dans leurs notes, et encore anticipé fin juillet, l’année 2023 est une année de transition pour Chargeurs. Certains métiers se portent bien, d’autres sont pénalisés par la conjoncture, tout en restant rentables. C’est la vie des cycles économiques, et face à ces cycles, qui ne sont pas un long fleuve tranquille, Chargeurs a un portefeuille de métiers leaders et protecteurs, qui restent tous rentables même quand le temps est défavorable. C’était déjà le cas durant les pics du Covid. Parmi nos métiers, nos nouveaux moteurs de performance (PCC Fashion Technologies) et notre pôle luxe (Museum Studio, Luxury Fibers et Personal Goods), qui représentent ensemble 60 % de notre chiffre d’affaires, se portent bien, et voient dans l’ensemble leur activité résister ou progresser, leurs marges préservées malgré l’inflation et leur performance est bonne. Un de nos métiers, qui est un moteur historique de croissance et le redeviendra progressivement, Chargeurs Advance Materials, qui est aussi en temps ordinaire un gros contributeur de rentabilité, souffre : ce n’est pas une surprise, même si déjà son second trimestre 2023 était meilleur que le premier.

Boursier.com : Justement, votre métier Advance Materials a souffert, et redémarre peu à peu. Pouvez-vous nous en dire plus ?

M.F. : C’est temporaire et transitoire. Au total, par rapport à 2022, il a été ce premier semestre en retrait de 23 %, très en deçà de ses volumes ordinaires. 2022 était pour ce métier une base de comparaison record. Mais surtout, ce métier a subi d’abord le choc de la crise de l’énergie au T3 2022, qui a mis beaucoup de nos clients dans une position de prudence et d’attente. Nous l’avions dit dès le Q4 2022. Cette crise de l’énergie, nous estimons comme l’estiment nos grands clients, que nous en sommes en sortis. Un autre choc s’est aussitôt enchaîné : la hausse accélérée des taux d’intérêt, qui a gelé le marché de la construction. La construction résidentielle ne pèse que 25 % des débouchés de ce métier, mais il y a eu un impact important. Les autres débouchés du métier, c’est-à-dire la rénovation, les équipements industriels, les infrastructures, les équipements haut de gamme, ont eux aussi été d’abord attentiste mais redémarrent peu à peu. D’autant qu’ils sont encouragés par les gouvernements ou rendus indispensables par la démographie. Nous misons prioritairement pour le rebond sur ces 75 % de débouchés, dont la demande structurelle progresse le plus vite. Il faut un peu de patience et en profiter pour accélérer l’innovation verte et les lancements produits. Ce que nous faisons. Toute crise fait des gagnants et des perdants. C’est plus simple de sortir gagnant quand on reste rentable et que l’on est numéro mondial. Ce sera le cas. Même avec une baisse des volumes de 25 %, ce métier est, je le rappelle, resté rentable. Il n’y pas beaucoup d’industries qui auraient résisté à de tels chocs. Si un jour les géants de la Tech ou du luxe subissent une baisse soudaine et temporaire de 25 % de leur activité, je serais curieux de savoir s’ils resteraient dans le vert. Au cours des 7 dernières années, Chargeurs Advance Materials a généré, en cumulé, 210 MEUR de résultat opérationnel, en restant rentable en toutes circonstances. Alors, la conjoncture actuelle nous pénalise, bien sûr, mais la reprise progressive des volumes sera une nouvelle occasion de démontrer la forte rentabilité normative et la forte rentabilité des capitaux engagés de ce métier leader mondial et innovant, qui réunit des talents industriels très forts. En l’état, nous faisons l’hypothèse que la branche Advance Materials a des raisons de revenir en 2024 à son niveau de chiffre d’affaires de 2022, qui avait démarré très fort avant d’être exceptionnellement pénalisé fin 2022. Nos clients ont des niveaux de stocks historiquement et anormalement faibles. Ils auront besoin de les reconstituer. C’est un métier très diversifié dans ses offres, ses clients et sa géographie, donc il y a toujours des zones et segments d’activité qui vont mieux et repartent plus vite. Nous nous attendons donc à une reprise en  » J « . Nous sommes prudents mais flexibles, confiants et exigeants.

Boursier.com : Comment s’est comportée la partie luxe sur la période ?

M.F. : Notre pôle luxe, qui comportent trois métiers, se porte bien. Son chiffre d’affaires progresse 16 % en valeur brute, et de 4 % en valeur organique. PCC Fashion Technologies a vu, hors activité sanitaire, son chiffre d’affaires rester globalement stable malgré les confinements en Asie de début d’année 2023. Sa marge opérationnelle a progressé malgré l’inflation, et ses nouveaux produits, verts et innovants, sont très demandés, mondialement. C’est un atout. Notre activité fibres pratique plus de sélectivité commerciale et privilégié les offres rentables de services et de produits techniques autour des gammes Nativa. Quant à Museum Studio, c’est un superbe succès. Le métier a franchi ce semestre 60 MEUR de chiffre d’affaires, en croissance organique de près de…50 %. Ceci démontre la capacité de croissance que nous avons donné à ce métier, dont la rentabilité progresse également. Ce n’est que le début. Ceci démontre qu’il faut du temps pour donner corps à un leader mondial. Cette année 2023, Museum Studio devrait réaliser au moins 120 millions de chiffres d’affaires, et l’an prochain 150 millions. Nous avons remporté et nous sommes en train de réaliser les plus beaux projets mondiaux, le musée de l’Espace de Washington, le musée de la Maison Blanche, qui aura une visibilité mondiale, le musée des Accords d’Abraham à Abu Dhabi, le musée Burell à Glasgow, élu musée européen de l’année. Nous ne sommes qu’au début de cette aventure. Il faut être fier d’avoir un groupe français, familial, pensant à long terme, qui a pris la position de numéro un mondial dans ces marchés en plein devenir et où affluent beaucoup de capitaux.

Boursier.com : Comment voyez-vous évoluer la conjoncture ?

M.F. : Le choc des prix de l’énergie s’est résorbé. Quant à l’inflation, elle ralentit. Les Etats-Unis, qui forment directement et indirectement 40 % de nos débouchés, voient l’inflation ralentir. C’était logique qu’après les politiques monétaires très accommodantes de la période Covid, il y ait un resserrement. Nous sommes prudents mais confiants. A notre avis, les Etats-Unis, qui sont et resteront pour longtemps la locomotive de l’économie mondiale, et la locomotive de Chargeurs, vont redémarrer en premier, et c’est tant mieux. Quant à l’Europe, dont la politique économique est préjudiciable aux entreprises comme aux ménages, elle restera attentiste. C’est pourquoi nous misons, en plus des Etats-Unis, sur les nouveaux grands pays émergents, notamment l’Inde, le Mexique, le Brésil, l’Indonésie, le Vietnam. Ce sont des pays où nous avons d’importantes parts de marché, et où l’activité progresse vite. On va donc appuyer là bas sur l’accélérateur. S’agissant de la Chine, nous sommes prudents. C’est une économie qui pèse seulement 7 % de notre chiffre d’affaires, et nous déplaçons nos centres industriels hors de Chine, même si nous y restons commercialement très fort et ambitieux. Nous pensons que demain la Chine cessera d’être l’usine du monde. Chargeurs est présent dans 100 pays et cette diversité géographique permet de capter la croissance là où elle sera.

Boursier.com : Vous êtes raisonnablement endetté au niveau de Chargeurs et pas ou peu endetté au niveau de Colombus, l’actionnaire de référence du Groupe. Est-ce un atout dans le contexte actuel ?

M.F. : C’est tout à fait exact pour Chargeurs comme pour Colombus. C’est un choix, une protection et une liberté à tous les niveaux. Au niveau de Chargeurs, nous avons autofinancé l’intégralité de notre croissance. Entre 2015 et ce premier semestre 2023, Chargeurs a généré cumulativement 320 millions d’euros de marge brute d’autofinancement, ce qui nous a permis d’investir dans nos métiers existants, dans de nouveaux métiers pour bâtir des leaders mondiaux et diversifier nos secteurs d’exposition – on en mesure l’intérêt durant le Covid comme durant la conjoncture actuelle -, tout en maintenant une politique récurrente de distribution de dividendes aux actionnaires. Les partenaires bancaires de Chargeurs viennent encore de réitérer leur confiance dans les perspectives et le potentiel du Groupe en prolongeant des financements existants, et en apportant de nouvelles ressources, tout ceci, il faut l’avoir à l’esprit sans covenant de levier dette/Ebidta. C’est peu commun pour une entreprise industrielle. Quant à Colombus, comme pour mon Groupe Familial, nous avons toujours été frileux en matière d’endettement, y compris quand les taux étaient bas, car on veut être libres et éviter la spéculation, nous ne sommes pas dépendants du dividende ni du cours de bourse ou de son évolution – nous n’avons aucun margin call par exemple -, et nous n’hésitons jamais à renforcer notre présence au capital de Chargeurs quand la conjoncture et la réglementation boursière nous le permettent – il y a je le rappelle des périodes dites de  » fenêtre négative  » qui, légitimement, nous empêchent calendairement ou préventivement d’acheter des titres en certains contextes. Je vais même plus loin, Colombus comme notre Groupe Familial ont les moyens, les ressources, et les partenaires pour accompagner à très long terme le développement du Groupe Chargeurs. Là encore, c’est un choix, un privilège pour Chargeurs et un atout pour l’ensemble des actionnaires du Groupe, particuliers et institutionnels.

Boursier.com : Quel jugement portez-vous sur le cours, qui a été pénalisé alors que l’ensemble des analystes sont à l’achat ?

M.F. : S’agissant du cours, depuis le début du conflit en Ukraine, nous sommes pénalisés. C’est flagrant et frustrant. Plus récemment, il y a sans doute eu de la surréaction à l’annonce des semestriels, qui étaient pourtant attendus et même supérieurs à certaines prévisions d’analystes. Tout ceci dans un contexte macroéconomique confus, oubliant que désormais Chargeurs ce sont plusieurs moteurs de rentabilité et que notre activité Advance Materials est appelée à rebondir. Chargeurs est un groupe vraiment mondial, qui réalise 95 % de son chiffre d’affaires hors de France. Comme entrepreneur et comme actionnaire de référence de Chargeurs, je préfère que 95 % des revenus du Groupe ne soient pas dépendants de la France et que 60 % des revenus du Groupe ne soient pas dépendants de l’Europe. Certains actionnaires du flottant, institutionnels ou individuels, qui sont sortis ces 18 derniers mois reviendront peut-être à la faveur d’un prix redevenu clairement attractif. C’est arrivé déjà à plusieurs reprises. C’est la vie et l’opportunité des marchés. L’ensemble des analystes, vous le remarquez, soulignent les perspectives favorables du Groupe et son potentiel de création de valeur, quelles que soient les méthodes de valorisation retenues. Leurs valorisations et cours cibles sont bien au-dessus du cours actuel. Ils nous connaissent bien, suivent l’entreprise depuis plusieurs années, connaissent notre rigueur et l’exigence de notre modèle de gestion. Quand le cours est anormalement bas par rapport aux fondamentaux du groupe, comme actuellement, cela crée évidement des opportunités d’achat du titre sur les marchés. Nous ambitionnons, avec l’hypothèse d’un redémarrage progressif d’Advance Materials, 800 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, et une marge d’EBIDTA comprise entre 9 et 10 %. Le cours actuel ne reflète pas la valeur fondamentale du Groupe ni son potentiel de création de valeur.

Boursier.com : Votre projet d’acquisition stratégique pour votre pôle luxe peut-il être un catalyseur et Colombus, la structure patrimoniale de long terme que vous contrôlez, peut-elle jouer un rôle particulier ?

M.F. : Oui, en matière d’acquisition, nous avons avancé car nous avons identifié des cibles qui font sens, en étant très sélectifs, quant à la qualité de l’actif, à sa complémentarité, à son potentiel de croissance et à ses valeurs d’excellence durable. Sans compter son sens territorial, car Chargeurs est un Groupe mondial mais engagé dans ses territoires et dans la protection et le développement des savoirs faire d’exception. Nous avons bien fait d’être patients car les valeurs de certains actifs redeviennent raisonnables et nous visons le  » juste prix « , pour maximiser la valeur future et les synergies. Le contexte offre clairement des opportunités. Par ailleurs, oui, je vous confirme que Colombus, qui est engagé dans Chargeurs comme actionnaire de référence de très long terme, peut jouer un rôle particulier, au bénéfice de l’ensemble des actionnaires, sans que Chargeurs n’ait besoin de financements additionnels pour garantir la mise en oeuvre d’un tel projet. Nous privilégions les meilleurs actifs et les schémas les plus créateurs de valeur à long terme pour l’ensemble des actionnaires, évidemment relutifs par rapport au cours actuels, sans appel au marché ni dette additionnelle pour Chargeurs. J’insiste : pour Chargeurs, ni nécessité de dette additionnelle ni nécessité d’appel au marché. Si nous aboutissons, le visage du Groupe en sera changé. Ce peut être l’occasion d’un re-rating de Chargeurs, certains analystes et investisseurs l’ont compris, tout en mesurant qu’on ne réalise et finalise une acquisition que si elle fait sens et coche absolument toutes les cases qui servent l’intérêt du Groupe. C’est un processus exigeant et méticuleux. A contexte constant, nous l’avions dit en début d’année, et nous le confirmons, c’est un de nos objectifs des prochains mois. Chargeurs est un groupe familial et entrepreneurial, attaché à sa présence sur le marché et à la diversité de son actionnariat. Notre actionnariat du flottant compte d’ailleurs, aux côtés de nouveaux investisseurs institutionnels, de plus en plus d’actionnaires individuels : nous les remercions tous de leur fidélité et de leur confiance dans l’avenir. Investir dans Chargeurs c’est aussi investir dans une entreprise qui essaie de donner un sens à ce qu’elle fait et à son leadership. Il n’y a pas que les entreprises de la Tech pour bâtir le monde de demain, des entreprises de l’économie conventionnelle peuvent se réinventer et aussi bâtir l’avenir comme le fait Chargeurs. Cela prend du temps. Les changements faciles sont bien trop souvent des changements fragiles. Nous avançons à travers les cycles, pas à pas, avec l’engagement de nos milliers de collaborateurs, que nous honorons et reconnaissons, la confiance de nos clients toujours plus nombreux à travers le monde et le soutien de l’ensemble de nos partenaires, avec vision, méthode, prudence et détermination.

Boursier.com : Quant vous parlez de luxe, pouvez-vous nous en dire plus ?

M.F. : Le luxe qui nous intéresse n’a rien à voir avec la mode ni avec des activités intensives en dépenses marketing, qui nécessitent des équipes créatives coûteuses et une présence immobilière onéreuse. Nous nous concentrons davantage sur des profils d’affaires réalisant des produits ou des services conçus pour durer, pour laisser une empreinte marquante dans la vie des clients. Rentre déjà dans cette catégorie notre marque de fibres durables Nativa, qui rentre dans la composition d’un nombre croissant d’autres marques d’excellence, et notre branche Museum Studio, qui crée des expériences muséales mémorables partout dans le monde : un enfant qui visite en famille le musée de l’Espace et de la Nasa à Washington réaménagé par notre filiale américaine se crée des souvenirs pour toute une vie et y retournera avec ses propres enfants. Certains experts résument ces catégories d’affaires en parlant du  » quiet luxury  » ou  » luxe discret « . En bref, l’excellence sobre, mondialement appréciée, reconnue et désirable, rentable et relutive, tout sauf ostentatoire, capable de diffuser un savoir-faire à grande échelle. Swaine, dans notre portefeuille d’activité – et qui existe imaginez depuis 1750 ! – rentre clairement dans cette catégorie, comme le soulignait encore récemment un article du Financial Times sur les marques d’avenir. L’idée est de réaliser et diffuser des produits faits pour durer, qui se transmettent, l’inverse de la consommation éphémère. Notre ambition, c’est une affaire d’une échelle supérieure, un leader de première division, au juste prix, prudent, enrichissant significativement l’equity story du Groupe.

Michaël Fribourg, Chargeur : «Mon ambition est de faire de Chargeurs l’un des 40 plus grands groupes français à l’horizon 2030»

Le groupe a modifié son organisation pour lui permettre d’atteindre ses objectifs stratégiques d’ici 2025 et d’en faire l’un des 40 plus grands groupes français à l’horizon 2030. Les explications de Michaël Fribourg, Président directeur général de Chargeur.

Michaël Fribourg, 40 ans, est multidiplômé (École Normale Supérieure, IEP Paris, ENA, DEA de philosophie et d’économie). Il a débuté sa carrière en cabinet ministériel en 2005-2006 auprès du ministre des PME et du Commerce.  En 2015, son holding Colombus Holding a racheté les parts des actionnaires de référence de Chargeurs. 

Fin juillet, vous avez annoncé une modification de l’organisation de Chargeurs, désormais structuré en trois pôles d’activités : technologies, luxe et diversification. Pourquoi cette transformation ?
Michaël Fribourg :
 Cette nouvelle organisation montre que Chargeurs concilie réinvention et performance. Nous mettons l’accent sur les grandes forces stratégiques et opérationnelles de l’entreprise. Aujourd’hui, Chargeurs est dédié aux produits et services d’excellence, dans les technologies et le luxe. C’est aussi le fruit d’une maturité dans l’évolution du modèle de Chargeurs.

Notre portefeuille compte dorénavant plusieurs champions mondiaux : Chargeurs Advanced Materials pour la protection de matériaux haut de gamme, Chargeurs PCC Fashion Technologies pour les textiles techniques, Chargeurs Museum Studio pour les services aux musées. Notre potentiel de croissance est structurellement plus élevé qu’avant la pandémie. Notre réorganisation va aussi nous permettre de mettre davantage l’accent sur les mutations environnementales et digitales de nos métiers.

Pricing power

Attendez-vous de la nouvelle physionomie du groupe une accélération de sa croissance et de ses résultats ?
Michaël Fribourg : 
Nous allons en tirer le maximum en termes de croissance organique et de synergies. Le maître-mot, c’est le cross-selling, c’est-à-dire le développement de ventes de produits et de services beaucoup plus diversifiés pour nos clients. Notre réorganisation doit nous permettre d’atteindre nos objectifs stratégiques.

À l’horizon 2025, notre objectif est que nos activités existantes pèsent 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires [736,6 millions d’euros l’an dernier] et que le résultat opérationnel des activités atteigne 100 millions [50,7 millions l’an dernier]. S’y ajouteront les croissances externes avec une cible totale de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires à l’horizon 2025.

Quelle sera la vocation du pôle diversification ?
Michaël Fribourg :
 Ce pôle n’a pas encore été activé. Il vise à offrir à Chargeurs des opportunités dans des niches d’activités complémentaires de ses métiers principaux. Mais il n’a pas vocation à devenir le cœur stratégique de Chargeurs et mobilisera peu de ressources. Je rappelle aussi que tout au long de ses 150 ans d’histoire, le groupe a toujours été diversifié. Nous continuerons de privilégier des activités à forte rentabilité et résilientes dans les périodes de crise.

Concernant la conjoncture, comment faites-vous face à l’inflation des coûts dans vos métiers ?
Michaël Fribourg :
 Les métiers de Chargeurs sont bien adaptés à un contexte d’inflation. Nous sommes leaders mondiaux dans la plupart de nos activités et nous disposons d’un fort pricing power qui nous permet de répercuter dans nos prix de vente les coûts des matières premières et les coûts salariaux. Le groupe a aussi développé ces dernières années une forte culture d’optimisation de son organisation industrielle et de son offre produite. Tout cela s’est traduit au premier semestre par un résultat opérationnel courant de 25,4 millions d’euros, dépassant les niveaux d’avant-pandémie.

Innovation stratégique

Constatez-vous un ralentissement de la demande sur vos marchés ?
Michaël Fribourg :
 Nous observons toujours une dynamique élevée au sein du groupe. Le pôle Chargeurs Museum Studio a gagné plusieurs grands contrats et son carnet de commandes lui assure une visibilité de 4 années de chiffre d’affaires. Les carnets de commandes de Chargeurs PCC Fashion Technologies se situent aussi à des niveaux records et l’activité de Chargeurs Advanced Materials résiste bien. Dans un environnement qui restera volatil, Chargeurs continuera de faire la différence par l’innovation stratégique, à l’image de l’activité healthcare que nous avons lancée en pleine pandémie et avec laquelle nous avons vendu pour plus de 500 millions d’euros de produits sanitaires (masques, blouses, gels, etc.).

Quelle place tient la croissance externe dans votre stratégie ?
Michaël Fribourg :
 Nous avons fait une quinzaine d’acquisitions dans le monde entier au cours des sept dernières années. Ces opérations ont joué un rôle très important dans la transformation du groupe, lui permettant d’établir ou de conforter ses leaderships. Nous allons poursuivre dans la voie de la croissance externe, en visant des sociétés de plus grande taille, c’est-à-dire d’au moins 50 millions d’euros de chiffre d’affaires.

La remontée des taux d’intérêt peut-elle compliquer le financement de vos futures acquisitions ?
Michaël Fribourg 
: Chargeurs dispose d’une structure bilancielle solide avec un ratio dette nette sur fonds propres de 0,5 fois à mi-exercice. Notre niveau de liquidités disponibles a été récemment renforcé et dépasse les 400 millions d’euros. Nous avons déjà anticipé le refinancement de nos futures échéances de dettes. La signature financière de Chargeurs est très forte.

Transmission et ambition

Quelle est votre politique en matière de dividende ?
Michaël Fribourg :
 Nous avons pour politique de distribuer à nos actionnaires un dividende régulier, correspondant à un peu plus de 50% du résultat net annuel. Grâce à sa discipline financière, Chargeurs verse aussi chaque année un acompte.

Pourriez-vous céder un jour tout ou partie de Chargeurs ou voyez-vous l’entreprise comme potentiellement l’œuvre d’une vie ?
Michaël Fribourg 
: Il existe peu de groupes industriels aussi anciens que Chargeurs qui se sont réinventés avec autant de succès. Je suis inscrit dans une perspective de long terme vis-à-vis de cette magnifique entreprise pour la transmettre ensuite aux générations suivantes. Mon ambition est de faire de Chargeurs l’un des 40 plus grands groupes français à l’horizon 2030. En signe de confiance, le holding du groupe familial Fribourg a acheté en septembre 34 000 titres sur le marché, portant sa participation à 26,46% du capital et 29,9% des droits de vote.

Propos recueillis par Olivier Dauzat – Source : Le Revenu.fr